Plans de Circulation en Entreprise en Tunisie

La circulation interne dans une entreprise industrielle est l’une des sources d’accidents du travail les plus fréquentes et les plus graves en Tunisie. La cohabitation entre les piétons (opérateurs, techniciens, visiteurs) et les engins motorisés (chariots élévateurs, chariots automoteurs, camions de livraison) dans des espaces souvent exigus génère des risques de collision, d’écrasement et de chute que seule une organisation rigoureuse de la circulation permet de maîtriser.

L’élaboration d’un plan de circulation industriel est à la fois une obligation réglementaire pour les établissements classés et une démarche de prévention à haut rendement : une étude de l’INRS (Institut National de Recherche et Sécurité) a démontré que la mise en place d’un plan de circulation structuré réduit en moyenne de 40% les accidents impliquant des engins motorisés. Dans ce guide, Première Consulting vous présente les obligations légales, la méthode d’élaboration et les exigences techniques du marquage au sol et de la signalisation.

Les risques liés à la circulation interne en entreprise

Les accidents de circulation interne dans les entreprises industrielles tunisiennes présentent des caractéristiques spécifiques qui les rendent particulièrement redoutables :

  • La vitesse des engins : un chariot élévateur circulant à 10 km/h ne peut pas s’arrêter avant 3 à 5 mètres en cas d’obstacle inattendu. À cette vitesse, un choc avec un piéton peut être mortel.
  • Les angles morts : les chariots élévateurs chargés limitent considérablement la visibilité du cariste. Dans les allées de stockage dense, le croisement de deux chariots ou l’apparition d’un piéton à une intersection est difficile à anticiper.
  • La cohabitation non organisée : dans les petites et moyennes industries tunisiennes, les piétons empruntent souvent les mêmes allées que les chariots, faute d’allées dédiées ou de séparations physiques.
  • Les zones de chargement/déchargement : l’interface entre les camions de livraison et les engins internes est une zone à risque élevé, accentuée par la pression des délais de livraison.
  • La non-conformité du sol : sols glissants, irréguliers, encombrés des conditions qui augmentent le risque de renversement des engins et de chute des piétons.

Cadre réglementaire : obligations légales en Tunisie

La réglementation tunisienne impose des obligations précises sur l’organisation de la circulation dans les établissements industriels, tirées du décret n°68-38 du 20 janvier 1968 et des prescriptions des établissements classés.

Obligations générales

  • Les voies de circulation doivent être aménagées pour permettre la sécurité des travailleurs
  • Les passages pour piétons doivent être clairement délimités et séparés des voies de circulation des engins dans la mesure du possible
  • Les croisements dangereux doivent être signalés et équipés de dispositifs de sécurité adaptés
  • La vitesse des engins motorisés à l’intérieur des établissements est limitée (en général 10 km/h en intérieur, 20 km/h en extérieur)

Pour les établissements classés

Pour les établissements classés de catégorie 2 et 3, le plan de circulation fait partie des documents attendus dans le dossier de classement. Il doit notamment montrer les voies d’accès des secours (pompiers, Protection Civile) et être cohérent avec le Plan d’Opérations Interne sur les zones d’exclusion et les points de rassemblement.

Lien avec la certification ISO 45001

La norme ISO 45001 impose d’évaluer les risques liés aux interfaces entre piétons et engins et de mettre en place des mesures de maîtrise documentées. Le plan de circulation, accompagné du marquage au sol et de la signalisation, constitue la principale mesure de maîtrise collective pour ce risque.

Principe fondamental : séparation des flux piétons et engins

Le principe directeur de tout plan de circulation industriel est la séparation physique des flux piétons et des flux d’engins. Plus cette séparation est stricte, plus le risque est réduit. Voici les quatre niveaux de séparation, du plus efficace au moins efficace.

Niveau 1 : Séparation temporelle

Les piétons et les engins n’utilisent pas les mêmes espaces au même moment. Par exemple : les chariots ne circulent que lorsque les opérateurs sont retournés à leur poste de travail. Solution efficace mais contraignante opérationnellement difficilement applicable dans les entrepôts à forte activité continue.

Niveau 2 : Séparation physique avec barrières

Des barrières physiques (garde-corps, barrières métalliques, glissières) séparent les allées piétonnes des voies de circulation des engins. C’est la solution la plus sûre pour les zones à risque élevé (interfaces quais/engins, croisements fréquents). Elle nécessite un investissement initial mais réduit quasi-totalement le risque de collision.

Niveau 3 : Séparation visuelle avec marquage au sol

Le marquage au sol délimite les allées piétonnes et les voies engins. Sans barrière physique, cette séparation repose sur le comportement des utilisateurs — elle est moins fiable que la séparation physique mais est la solution la plus couramment mise en place dans les industries tunisiennes. Son efficacité dépend fortement de la formation des caristes et de l’application des règles.

Niveau 4 : Signalisation seule

Sans marquage ni barrière, la circulation est réglementée uniquement par des panneaux de signalisation. C’est le niveau de protection le plus faible et il n’est acceptable que dans les zones à très faible fréquence de circulation.

Contenu d’un plan de circulation industriel conforme

Le plan de circulation est un document graphique qui représente l’organisation de la circulation sur le site industriel. Il doit couvrir à la fois les zones intérieures (ateliers, entrepôts, couloirs) et les zones extérieures (cours, parkings, quais de chargement).

Éléments obligatoires du plan

  • Représentation à l’échelle de tous les bâtiments, zones de stockage et espaces de circulation, avec les dimensions des allées indiquées
  • Voies de circulation des engins : tracé, sens de circulation (unidirectionnel ou bidirectionnel), vitesse maximale autorisée
  • Allées piétonnes : tracé, séparation avec les voies engins (barrière ou marquage), accès aux postes de travail
  • Zones d’interdiction : zones où les piétons sont interdits (aires de manœuvre des chariots, zones de stockage de matières dangereuses)
  • Zones de chargement/déchargement : emplacements des quais, zones de stationnement des camions, zones d’attente
  • Accès des secours : voies réservées aux engins de secours (pompiers, ambulances), largeurs garanties, zones d’intervention
  • Points de rassemblement en cas d’évacuation cohérence avec le plan d’évacuation incendie
  • Emplacements des équipements de sécurité : extincteurs, hydrants, postes de premiers secours
  • Localisation des panneaux de signalisation existants ou à installer

Format et présentation

Le plan de circulation doit être établi à une échelle lisible (1/200 en général pour l’intérieur, 1/500 pour le site complet). Il doit être daté, référencé et affichable à l’entrée des zones concernées. Un plan de circulation réalisé sous Word ou PowerPoint n’est pas conforme il doit être produit avec un logiciel de CAO ou de dessin technique pour respecter les exigences d’échelle et de précision.

Marquage au sol : couleurs, largeurs et normes

Le marquage au sol est le premier élément visible du plan de circulation sur le terrain. Sa mise en œuvre doit respecter des normes précises sur les couleurs, les largeurs et les matériaux pour garantir sa durabilité et sa lisibilité.

Couleurs standard du marquage de circulation

Couleur Usage Applications typiques
Jaune Voies de circulation des engins, délimitation des zones de stockage Allées chariots, zones palettes, emplacements de stationnement
Blanc Passages piétons, zones piétonnes dédiées Passages zébrés, allées piétonnes, accès aux sorties de secours
Rouge Zones dangereuses, zones d’interdiction Périmètre machines dangereuses, zones ATEX, zones interdites aux piétons
Vert Zones de premiers secours, équipements de sécurité Emplacement des extincteurs, douches de sécurité, issues de secours
Bleu / Gris Zones de stockage de produits finis ou matières neutres Zones de stockage intermédiaire, zones tampons

Largeurs minimales des allées

  • Allée piétonne unidirectionnelle : 80 cm minimum (1 unité de passage)
  • Allée piétonne bidirectionnelle : 160 cm minimum
  • Voie engins unidirectionnelle (chariot standard) : largeur du chariot + 1 m de chaque côté (minimum 2,5 m)
  • Voie engins bidirectionnelle : largeur du plus large chariot × 2 + 1,40 m (minimum 4 m)
  • Voie mixte piétons + engins (à éviter, solution de dernier recours) : voie engins + 1 m minimum côté piéton

Matériaux de marquage

  • Peinture époxy : solution la plus répandue. Bonne durabilité (2 à 5 ans selon le trafic), résistante aux carburants et huiles. Application à la machine ou au rouleau sur sol propre et sec.
  • Bandes adhésives antidérapantes : pour les zones à trafic piéton intense ou les surfaces non conductrices. Pose rapide, remplacement facile.
  • Plots et balises de délimitation : pour les séparations temporaires ou les zones à fort risque de collision (interface quai/intérieur). Plus visibles que le marquage au sol seul.
  • Barrières métalliques ou garde-corps : protection physique maximale pour les zones à risque élevé (voir séparation physique, niveau 2).

Signalisation verticale et équipements de sécurité

Le marquage au sol doit être complété par une signalisation verticale conforme aux normes, positionnée aux points stratégiques de la circulation. Cette signalisation fait partie intégrante du dispositif global d’affichage et signalisation de sécurité de l’établissement.

Panneaux obligatoires pour la circulation interne

  • Limitation de vitesse (panneau rond rouge) à l’entrée de chaque zone de circulation
  • Obligation de port des EPI (lunettes, casque, chaussures de sécurité) aux entrées des zones concernées
  • Priorité (cédez-le-passage ou stop) aux intersections entre voies engins et passages piétons
  • Sens de circulation obligatoire dans les zones unidirectionnelles
  • Interdiction aux piétons dans les zones exclusivement réservées aux engins
  • Interdiction aux engins dans les zones exclusivement piétonnes

Équipements de sécurité aux intersections

  • Miroirs convexes : installés aux croisements à angle mort pour permettre aux caristes de voir les piétons avant le croisement. Nettoyage régulier obligatoire (un miroir encrassé est inutile)
  • Avertisseurs sonores automatiques : déclenchés par le passage d’un chariot à une intersection, ils alertent les piétons. Particulièrement utiles dans les zones bruyantes où les avertisseurs sonores des chariots ne sont pas entendus
  • Feux de signalisation : pour les zones de croisement intense (entrées d’entrepôt, interfaces quai/intérieur), des feux tricolores ou bicolores peuvent être installés pour réguler le flux
  • Capteurs de présence et systèmes d’alerte : technologies plus avancées (détection radar, RFID) qui alertent le cariste de la présence de piétons dans son rayon d’action de plus en plus accessibles et utilisées dans les entrepôts modernes

Zones spécifiques : quais, stockages, parkings

Les quais de chargement/déchargement

Les quais sont statistiquement les zones les plus accidentogènes d’un site industriel. La coexistence de camions en marche arrière, de chariots manuœuvrant en sens inverse et de piétons réceptionnant ou expédiant des marchandises crée un cumul de risques unique. Les mesures spécifiques recommandées : zone exclusive camions délimitée au sol (aucun piéton non nécessaire), signal lumineux « quai occupé » visible depuis l’intérieur, cale-camion obligatoire avant toute montée de chariot sur le quai, marquage clair de la limite du bord de quai.

Les zones de stockage denses (racks, étagères)

Dans les zones de stockage en racks, les allées sont souvent trop étroites pour permettre la circulation simultanée de chariots et de piétons. La solution recommandée est la mise en place d’un système de verrouillage des allées (balisage, cadenas ou système d’autorisation) qui interdit l’entrée des piétons pendant que des chariots manœuvrent dans l’allée.

Les parkings et espaces extérieurs

La circulation extérieure (cours, parkings VL, aires de manœuvre PL) doit également faire l’objet d’un plan et d’un marquage. Les voitures des salariés et les poids lourds de livraison ne doivent pas croiser les chariots qui sortent du bâtiment. Les accès piétons depuis le parking jusqu’aux entrées du bâtiment doivent être protégés par des barrières ou des bordures surélevées.

Mise à jour et maintenance du plan de circulation

Un plan de circulation est un document vivant. Toute modification de l’aménagement du site déplacement de racks, nouveau poste de travail, modification des flux logistiques, agrandissement d’un bâtiment doit entraîner une révision du plan et une mise à jour du marquage au sol correspondant.

Programme de maintenance du marquage

Le marquage au sol s’use avec le trafic des engins et des piétons, se décolle sous l’effet de l’humidité et des produits de nettoyage, et perd de sa visibilité avec le temps. Un programme de maintenance doit prévoir : inspection visuelle mensuelle de l’état du marquage, réfection annuelle ou semestrielle des zones très sollicitées, remplacement immédiat de tout marquage effacé ou illisible.

Formation du personnel aux règles de circulation

Le plan de circulation et ses règles doivent être présentés lors de l’accueil de tout nouveau salarié ou intérimaire. Pour les caristes, les règles de circulation interne font partie de la formation initiale à la conduite et de l’autorisation de conduite délivrée par l’employeur. Des rappels réguliers (quart d’heure sécurité, affichage) maintiennent la vigilance sur ces règles dans la durée.

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Conclusion

Le plan de circulation industriel n’est pas une formalité administrative c’est un outil de prévention concret qui, bien conçu et correctement appliqué sur le terrain, réduit significativement les accidents impliquant les engins motorisés. Sa réussite tient à trois conditions : une séparation des flux la plus stricte possible, un marquage au sol lisible et entretenu, et une culture de respect des règles de circulation ancrée dans les pratiques quotidiennes. Première Consulting vous accompagne dans la conception, la mise en œuvre et la mise à jour de vos plans de circulation, en cohérence avec l’ensemble de votre dispositif de sécurité.

À propos de l’auteur

Équipe Sécurité & Plans Première Consulting. Ingénieurs et techniciens spécialisés en élaboration de plans de circulation, de plans d’évacuation et de signalisation pour les sites industriels et logistiques tunisiens.

Références : Décret n°68-38 du 20 janvier 1968 · Code du Travail tunisien ·
Inspection du Travail Tunisie