Sommaire
- L’obligation de conformité au Code du Travail tunisien
- Textes de référence : Code du Travail et décrets d’application
- Les 10 domaines couverts par l’audit de conformité SST
- Conformité des locaux de travail
- Équipements de Protection Individuelle : obligations de l’employeur
- Médecine du travail : visites obligatoires et registres
- Le Comité d’Hygiène et de Sécurité (CHS)
- Registres et affichages obligatoires
- L’Inspection du Travail : pouvoirs et procédure de contrôle
- Première Consulting : audit de conformité Code du Travail
Le Code du Travail tunisien et ses nombreux décrets d’application imposent aux employeurs un ensemble d’obligations précises en matière d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail. Ces obligations couvrent les locaux de travail, les équipements, la médecine du travail, les formations obligatoires, le Comité d’Hygiène et de Sécurité, les registres et les affichages obligatoires. L’audit de conformité au Code du Travail est la démarche qui vérifie systématiquement le respect de ces obligations et identifie les écarts à corriger avant que l’Inspection du Travail ne les relève lors d’une visite de contrôle.
Ce guide complet présente les principales obligations réglementaires SST issues du Code du Travail tunisien, les points de contrôle d’un audit de conformité et ce que l’Inspection du Travail vérifie lors de ses visites dans les établissements industriels.
L’obligation de conformité au Code du Travail tunisien
L’obligation de conformité au Code du Travail en matière de santé et sécurité au travail n’est pas optionnelle c’est une obligation légale dont le non-respect expose l’employeur à des sanctions administratives (amendes, fermeture administrative) et pénales (poursuites judiciaires en cas d’accident du travail grave ou mortel). Cette obligation s’applique à tous les employeurs, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Pourquoi réaliser un audit de conformité proactif ?
Trop d’entreprises tunisiennes découvrent leurs non-conformités lors d’une visite de l’Inspection du Travail souvent déclenchée par un accident du travail, une plainte de salarié ou une inspection de routine dans le cadre d’une campagne sectorielle. À ce stade, les délais de mise en conformité sont imposés par l’inspecteur et peuvent être très courts. Un audit de conformité proactif, réalisé volontairement avant toute visite d’inspection, permet d’identifier les non-conformités, de les hiérarchiser selon leur gravité et de les corriger dans un ordre de priorité rationnel, avec les délais et les ressources nécessaires.
Audit de conformité et certifications ISO
La norme ISO 45001 v2018 exige (clause 9.1.2) que l’organisation évalue périodiquement sa conformité aux exigences légales SST applicables. L’audit de conformité au Code du Travail constitue la preuve documentée de cette évaluation document examiné lors des audits de certification ISO 45001. Sans audit de conformité documenté, la certification ISO 45001 ne peut pas être maintenue.
Textes de référence : Code du Travail et décrets d’application
Textes fondateurs
- Code du Travail tunisien (loi n°66-27 et modifications) : articles 152 à 178 sur la santé et la sécurité au travail, obligations générales de l’employeur, droits des travailleurs en matière de sécurité
- Décret n°68-38 du 20 janvier 1968 fixant les règles générales d’hygiène et de sécurité dans les établissements de travail : texte central, très détaillé, qui couvre les locaux de travail, l’éclairage, la ventilation, la température, les sanitaires, les premiers secours, les voies de circulation, la prévention des risques spécifiques
- Décret n°99-2056 du 20 septembre 1999 relatif au Comité d’Hygiène et de Sécurité : conditions de mise en place, composition, attributions et fonctionnement du CHS
- Décrets sur la médecine du travail : organisation des services médicaux du travail, fréquences des visites médicales obligatoires, contenu des dossiers médicaux
- Arrêtés sur les agents chimiques dangereux : valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) pour les substances chimiques utilisées dans les processus industriels
Les 10 domaines couverts par l’audit de conformité SST
Un audit de conformité au Code du Travail couvre les domaines suivants, chacun faisant l’objet d’une liste de points de vérification précis.
- Conformité des locaux de travail (dimensions, éclairage, ventilation, température, sanitaires)
- Conformité des équipements de travail (protecteurs de machines, dispositifs de sécurité, vérifications périodiques)
- Équipements de Protection Individuelle (EPI) (fourniture, formation, entretien, adéquation aux risques)
- Médecine du travail (visite d’embauche, visites périodiques, dossier médical, inaptitude)
- Comité d’Hygiène et de Sécurité (CHS) (existence, composition, fréquence des réunions, procès-verbaux)
- Formation et habilitations (habilitations électriques, formations SST obligatoires, SST)
- Gestion des risques chimiques (FDS disponibles, VLEP respectées, étiquetage conforme)
- Prévention incendie (extincteurs, plans d’évacuation, exercices, SST formés)
- Registres et affichages obligatoires
- Gestion des accidents du travail (déclaration CNSS, registre des accidents, enquêtes)
Conformité des locaux de travail
Le décret n°68-38 fixe des exigences précises sur les caractéristiques des locaux de travail. Ces exigences sont souvent méconnues des employeurs, qui héritent de locaux construits à des époques différentes sans nécessairement connaître les textes applicables.
Points de vérification clés
- Surface et volume minimaux par travailleur : le décret fixe des minima de surface et de volume d’air par poste de travail selon la nature de l’activité des locaux surpeuplés constituent une non-conformité
- Éclairage : niveaux minimaux d’éclairement (en lux) selon la précision des tâches visuelles effectuées mesurés avec un luxmètre lors de l’audit. L’éclairage de sécurité (éclairage de secours) doit fonctionner en cas de coupure de courant.
- Ventilation et qualité de l’air : débit de renouvellement d’air minimum par occupant, niveaux de CO2 en deçà des seuils, captage des polluants à la source (aspiration localisée) pour les postes générant des vapeurs, poussières ou fumées
- Température : les locaux de travail doivent être maintenus à une température compatible avec un travail confortable et sûr les températures extrêmes (chaleur estivale dans les ateliers non climatisés, froid des chambres frigorifiques) constituent des risques qui doivent être évalués et maîtrisés
- Sanitaires : nombre de toilettes, lavabos et douches selon les effectifs et la nature de l’activité des locaux sanitaires insuffisants ou mal entretenus constituent des non-conformités fréquemment relevées
- Local de restauration : pour les établissements dont l’activité ne permet pas aux travailleurs de se restaurer à l’extérieur, un local de restauration adapté est obligatoire
Équipements de Protection Individuelle : obligations de l’employeur
L’employeur a l’obligation de fournir gratuitement aux travailleurs les EPI nécessaires à leur protection contre les risques auxquels ils sont exposés. Cette obligation comporte plusieurs dimensions souvent partiellement respectées.
Obligation de fourniture et d’adéquation
Les EPI fournis doivent être adaptés aux risques réels auxquels les travailleurs sont exposés pas uniquement conformes à une liste générique. Un casque fourni mais non adapté au type de risque (casque de chantier dans un atelier avec risque de projection chimique), des gants en latex pour la manipulation d’acide concentré (gants nitrile requis), des chaussures de sécurité sans résistance aux hydrocarbures dans une zone de maintenance ces inadéquations sont des non-conformités graves. L’évaluation des risques SST doit définir les EPI requis poste par poste.
Formation à l’utilisation des EPI
Fournir des EPI sans former les travailleurs à leur utilisation correcte est insuffisant. Le Code du Travail impose que les travailleurs soient formés à l’utilisation, à l’entretien et aux limites de protection de leurs EPI. Cette formation SST doit être documentée.
Vérification de l’utilisation effective
L’employeur est responsable non seulement de la fourniture mais aussi du port effectif des EPI. Des procédures de surveillance du port des EPI (inspections terrain, système de sanctions en cas de non-port) doivent être en place et documentées. Un travailleur accidenté qui n’avait pas ses EPI engage la responsabilité de l’employeur s’il n’est pas démontré que ce port était effectivement surveillé et imposé.
Médecine du travail : visites obligatoires et registres
Organisation de la médecine du travail
Tout employeur est tenu d’organiser la surveillance médicale de ses travailleurs. En Tunisie, cette surveillance peut être assurée par un service médical du travail autonome (propre à l’entreprise, obligatoire pour les établissements de plus de 500 salariés) ou par un service médical du travail inter-entreprises. L’absence de tout service médical du travail est une non-conformité majeure.
Visites médicales obligatoires
- Visite d’embauche : obligatoire avant la prise de poste effective elle détermine l’aptitude médicale du salarié au poste proposé et constitue la référence de l’état de santé à l’embauche
- Visites périodiques : au moins une fois par an pour les travailleurs exposés à des risques particuliers (bruit, agents chimiques dangereux, travail de nuit, travail en hauteur), au moins tous les 2 ans pour les autres travailleurs
- Visite de reprise : obligatoire après un arrêt de travail de plus de 21 jours pour maladie, après un accident du travail avec arrêt, après une maternité
- Visite à la demande : tout travailleur peut demander à bénéficier d’un examen médical par le médecin du travail à tout moment
Le dossier médical du travail
Le médecin du travail tient un dossier médical pour chaque salarié, conservé pendant toute la durée de l’emploi et au moins 5 ans après la fin du contrat (30 ans pour les expositions à des agents cancérogènes). Ce dossier est couvert par le secret médical ni l’employeur ni l’Inspection du Travail ne peuvent y accéder directement, seuls les résultats d’aptitude (apte, apte avec restrictions, inapte) sont communiqués à l’employeur.
Le Comité d’Hygiène et de Sécurité (CHS)
Le décret n°99-2056 impose la création d’un Comité d’Hygiène et de Sécurité (CHS) dans tout établissement employant au moins 40 salariés. L’absence de CHS dans un établissement dépassant ce seuil est une non-conformité majeure.
Composition du CHS
- Le chef d’établissement ou son représentant (président)
- Le médecin du travail
- Le responsable HSE ou de sécurité
- Des représentants élus des travailleurs (nombre proportionnel à l’effectif)
Attributions du CHS
- Analyser les risques professionnels et les conditions de travail dans l’établissement
- Proposer des mesures de prévention et de protection
- Réaliser des inspections périodiques des postes de travail
- Enquêter sur les accidents du travail et les maladies professionnelles
- Participer à la formation des travailleurs à la sécurité
- Être consulté avant toute décision modifiant les conditions de travail (nouveau procédé, nouveaux équipements, modifications des locaux)
Obligations de fonctionnement
Le CHS doit se réunir au moins une fois par trimestre, et après tout accident du travail grave. Chaque réunion donne lieu à un procès-verbal signé par tous les membres présents ces PV constituent les preuves documentées du fonctionnement du CHS lors des audits de conformité et des inspections du travail.
Registres et affichages obligatoires
Registres obligatoires
- Registre des accidents du travail : tout accident, même bénin (sans arrêt de travail), doit être enregistré avec date, nom de la victime, nature de l’accident, circonstances et premiers soins prodigués
- Registre de sécurité incendie : vérifications périodiques des équipements de lutte contre l’incendie, exercices d’évacuation, interventions de maintenance
- Registre des vérifications périodiques des équipements : rapports de vérification des équipements soumis à contrôle périodique obligatoire (appareils de levage, équipements sous pression, installations électriques)
- Registre du CHS : procès-verbaux des réunions du CHS, rapports d’inspections, suivi des actions décidées
- Registre des produits chimiques dangereux : inventaire des substances dangereuses présentes, Fiches de Données de Sécurité (FDS) disponibles pour chaque substance
Affichages obligatoires
Parmi les affichages obligatoires dans les locaux de travail : consignes de sécurité incendie, plans d’évacuation, numéros d’urgence (Protection Civile, SAMU, médecin du travail), horaires de travail, règlement intérieur, liste des membres du CHS et du responsable HSE. Ces affichages font partie des études d’affichage et de signalisation réalisées par Première Consulting.
L’Inspection du Travail : pouvoirs et procédure de contrôle
L’Inspection du Travail tunisienne est l’autorité chargée du contrôle de l’application du Code du Travail dans les établissements. Ses inspecteurs ont des pouvoirs étendus pour assurer cette mission.
Pouvoirs des inspecteurs du travail
- Accès libre et inopinée à tous les locaux de travail, à toute heure du jour et de la nuit
- Consultation de tous les registres et documents obligatoires (registres d’accidents, PV du CHS, fiches de visites médicales)
- Prélèvement d’échantillons de substances pour analyse (agents chimiques, poussières)
- Entretien avec les salariés (en dehors de la présence de l’employeur si nécessaire)
- Mise en demeure de l’employeur avec délai de régularisation
- En cas de danger imminent pour la vie des travailleurs : saisie du juge des référés pour ordonner la fermeture immédiate de la zone dangereuse
Déroulement d’une visite d’inspection
La visite d’inspection peut être programmée (annoncée à l’avance) ou inopinée. L’inspecteur examine les documents (registres, procès-verbaux, attestations de formation), visite les locaux de travail, observe les conditions de travail réelles et s’entretient avec des salariés. À l’issue de la visite, il remet à l’employeur un procès-verbal d’inspection mentionnant les non-conformités constatées et les délais de mise en conformité. Les non-conformités graves peuvent faire l’objet d’un procès-verbal transmis au Procureur de la République.
Première Consulting : audit de conformité Code du Travail
Première Consulting réalise des audits de conformité au Code du Travail tunisien en matière d’hygiène et de sécurité pour les établissements industriels, dans le cadre de ses missions d’audit de conformité réglementaire QHSE.
- Audit complet des obligations du Code du Travail et du décret n°68-38 sur les 10 domaines
- Revue documentaire (registres, procès-verbaux CHS, dossiers médicaux de travail, attestations)
- Inspection terrain des locaux, postes de travail et équipements
- Rapport de non-conformités hiérarchisé selon la gravité et le risque de sanction
- Plan de mise en conformité avec délais et responsables désignés
- Accompagnement lors de la mise en conformité
- Préparation aux visites de l’Inspection du Travail
- Intégration dans le système de management ISO 45001
- Audit périodique annuel pour maintenir la conformité dans le temps
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- Affichage et signalisation affichages obligatoires du Code du Travail
- Veille réglementaire HSE suivre les évolutions du Code du Travail
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Conclusion
L’audit de conformité au Code du Travail tunisien est la démarche la plus directe pour identifier les obligations non respectées et les corriger avant qu’elles ne génèrent des sanctions ou des accidents. Réalisé annuellement, il garantit que l’établissement reste conforme malgré l’évolution des textes réglementaires et des effectifs. Première Consulting vous accompagne dans cette démarche indispensable à la protection de vos travailleurs et à la pérennité de votre activité.
À propos de l’auteur
Équipe Audit de Conformité Première Consulting. Auditeurs HSE spécialisés dans la conformité réglementaire au Code du Travail tunisien et dans la préparation des établissements industriels aux visites de l’Inspection du Travail.
Références : Code du Travail tunisien (loi n°66-27) · Décret n°68-38 du 20 janvier 1968 ·
Décret n°99-2056 du 20 septembre 1999 ·
Inspection du Travail Tunisie